Récifs immergés au large du Prado, marais salants remis en eau à La Rochelle, rivière ralentie avec du bois mort dans la Drôme : le palmarès 2026 du concours Capitale française de la biodiversité met en avant des chantiers de terrain plutôt que de grands discours. Marseille décroche le titre, cinq autres collectivités sont distinguées, et les trophées seront remis le vendredi 13 novembre 2026 à l’Hôtel de Roquelaure, à Paris, lors d’un colloque de restitution.
Cette quinzième édition était entièrement consacrée à un thème : la restauration de la nature. Voici ce que les lauréats ont réellement fait, et ce que leurs résultats nous apprennent sur la manière de redonner de la place au vivant.
Plan de l'article
Un concours qui récompense des actions, pas des intentions #
Créé en 2010, le concours identifie et diffuse les meilleures actions menées par les communes et intercommunalités en faveur de la biodiversité. Il est organisé par le ministère de la Transition écologique, le ministère de l’Aménagement du territoire, l’Office français de la biodiversité, le Cerema, Plante & Cité et les agences régionales de la biodiversité, coordonnées par l’Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France.
Selon le dossier de presse du palmarès, 70 collectivités ont participé cette année et une centaine d’actions exemplaires ont été publiées, qu’il s’agisse de rivières, de marais, de milieux agricoles, urbains ou littoraux. Le communiqué de presse conjoint détaille le classement :
Marseille est élue Capitale française de la biodiversité 2026. La Rochelle et Saintes reçoivent le titre de meilleures communes pour la biodiversité. La communauté de communes Chinon, Vienne et Loire, Loire Forez Agglo et Valence Romans Agglo sont les meilleures intercommunalités.
Marseille, de la posidonie aux friches urbaines #
Marseille devient la 15e Capitale française de la biodiversité, succédant notamment à Muttersholtz, titrée en 2017 et en 2025. Son terrain de jeu est immense : milieux urbains très artificialisés, massifs forestiers, cavités, îles, littoral et fonds marins.
Sous la mer, des récifs et des herbiers
Le programme RECIFS PRADO, lancé en 2008, a consisté à installer des récifs artificiels sur près de 200 hectares de fonds sableux. Les suivis biologiques menés depuis leur immersion montrent un effet positif sur les populations de poissons.
La ville s’occupe aussi des herbiers de posidonie, cette plante à fleurs sous-marine qui sert de frayère et de nurserie à de nombreuses espèces. Les essais de transplantation donnent des résultats contrastés : la survie des graines reste faible, alors que celle des boutures atteint 90 à 100 % après quatre mois. Le dossier insiste pourtant sur un point : ce sont surtout les mouillages écologiques pour les bateaux, la surveillance du littoral et le maintien des banquettes de feuilles mortes sur les plages qui protègent les herbiers.
À Sugiton, laisser la nature repartir seule
Dans la calanque de Sugiton, abîmée par la surfréquentation, près de 2 km de sentiers ont été réorganisés pour concentrer le passage sur un itinéraire principal. Des murets en pierre sèche stabilisent les zones érodées, les cyprès d’Arizona introduits dans les années 1970 ont été retirés, et aucune replantation n’a été faite : la régénération spontanée est privilégiée.
En ville enfin, Marseille a recensé environ 300 friches urbaines naturelles, gérées avec la LPO et l’université d’Aix-Marseille par pâturage, fauche tardive ou mise en défens.
La Rochelle et Saintes, deux villes de marais #
Le marais de Tasdon retrouve la marée
La Rochelle a restauré le marais de Tasdon, un ancien marais salicole de 80 hectares, et la rivière Moulinette qui le traverse. Dix hectares de zones humides fonctionnelles ont été créés, la Moulinette a été reméandrée sur 2,5 km et la connexion avec l’océan a été rétablie dans certains bassins.
Les résultats sont nets : l’avocette élégante et l’échasse blanche s’y reproduisent durablement, parmi une soixantaine d’espèces nicheuses. Les poissons patrimoniaux représentent désormais 60 % de la biomasse piscicole, avec une densité d’anguilles qualifiée d’exceptionnelle, et 15 espèces de chauves-souris ont été identifiées. Deux passages à faune et un ponton flottant permettent même aux loutres d’éviter la chaussée.
Saintes, de la nature en ville à la ville-nature
Déjà distinguée en 2022, Saintes est récompensée pour les prairies de La Palu, un espace naturel sensible de 126 hectares intégré au réseau Natura 2000. La ville y a restauré une roselière de 15 hectares, créé dix dépressions humides et remis les prairies en gestion extensive par écopâturage et fauche. Dans le cadre du programme Life Vison, elle a aussi restauré une frayère à brochets et aménagé un gîte pour le vison d’Europe. Côté habitants, 317 Saintais disposent d’un permis de végétaliser.
Trois intercommunalités qui misent sur l’eau et les haies #
Chinon, Vienne et Loire : un marais et 687 km de haies
La communauté de communes a restauré le marais de Taligny, une zone humide de 85 hectares drainée et plantée de peupliers dans les années 1970, devenue une grande roselière reconnectée à ses cours d’eau. Un sentier de 4,5 km l’ouvre au public depuis octobre 2025. Le territoire protège aussi 687 km de haies dans son plan local d’urbanisme, en plante 5 km par an et impose une compensation « 1 pour 1 » en cas d’arrachage.
Loire Forez : castors, loutres et peupliers noirs
Loire Forez Agglo a effacé 9 seuils sur le Lignon et l’Anzon, rétablissant 10 km de continuité écologique, et construit des passages à loutre sous ses ponts. Elle protège aussi le peuplier noir sauvage du Lignon, avec 179 arbres recensés sur 20 km et une pépinière de 140 boutures locales, en partenariat avec l’INRAE.
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Valence Romans : la rivière qui se répare elle-même
Valence Romans Agglo s’est fixé 21 zones humides prioritaires à restaurer en quinze ans. Sur la Véore, une rivière creusée et appauvrie, elle applique une méthode douce inspirée en partie du castor : le bois mort, la terre et les cailloux présents sur place servent à ralentir l’eau. Le cours d’eau se complexifie, crée de nouveaux bras et retient ses sédiments, le tout sous suivi scientifique. Six méganichoirs remplacent par ailleurs les vieux arbres à cavités disparus de la plaine de Valence.
Ce qu’on peut retenir de ce palmarès #
D’un lauréat à l’autre, on retrouve la même logique : redonner de l’espace et du temps aux milieux plutôt que de tout reconstruire. On canalise les visiteurs, on reconnecte l’eau, on laisse le bois mort en place, on préfère la régénération naturelle à la plantation. Pour qui observe la faune près de chez soi, ces sites deviennent des lieux de découverte : le marais de Tasdon, les prairies de La Palu ou le marais de Taligny sont ouverts au public, avec des secteurs protégés pour la nidification.
Le concours se poursuit déjà : l’édition 2027, consacrée au thème « Biodiversité & société », est ouverte aux communes et intercommunalités jusqu’au 28 février 2027. Toutes les fiches d’expérience des collectivités participantes sont consultables sur le site capitale-biodiversite.fr.




