Il n’a fait que passer devant l’objectif, en pleine nuit, puis il a disparu dans la végétation. Mais ces quelques secondes de vidéo font date : un porc-épic à crête a été filmé à l’état sauvage à Castellar, sur les hauteurs de Menton, dans les Alpes-Maritimes. Pour les naturalistes, il s’agit de la première observation certaine de cette espèce en France.
Depuis l’annonce faite par la commune à la mi-octobre, l’histoire n’a cessé de prendre de l’ampleur, jusqu’au journal télévisé de France 2 le 29 octobre. Voici ce que l’on sait de ce visiteur venu d’Italie, et ce qui reste à confirmer.
Plan de l'article
Une vidéo prise par un piège photographique #
Selon Amphisciences, le site scientifique d’Ouest-France, l’animal a été enregistré dans la nuit du 21 au 22 septembre par un piège photographique, une de ces petites caméras qui se déclenchent seules au moindre mouvement. La frontière italienne n’est qu’à quelques kilomètres.
C’est une habitante du village qui a fait la découverte, avant de transmettre les images à la maire, Anne-Marie Arsento-Curti. Interrogée par France 2, l’élue raconte sa surprise : « J’ai été même surprise. Je me suis dit : « C’est un gag, c’est quelqu’un qui a balancé ça dans un jardin ». Il n’a fait que passer, et apparemment, on ne sait pas s’il repassera. »
La commune a parlé sur ses réseaux sociaux d’une « première absolue en France ». Le naturaliste indépendant Lucas Benaiche, interrogé par le média Vert, confirme : « Il s’agit de la première observation certaine en France. On se doutait qu’il arriverait dans ce secteur, car c’est la zone de passage géographique la plus simple pour l’espèce ; mais on ne savait pas où ni quand. »
Un rongeur africain installé en Italie depuis des siècles #
Le porc-épic à crête, Hystrix cristata, est un gros rongeur reconnaissable à ses longs piquants blancs. Il pèse une vingtaine de kilos à l’âge adulte. Son aire naturelle se trouve en Afrique du Nord et dans une large bande au sud du Sahara.
Sa présence en Italie n’a rien de naturel. D’après les analyses génétiques citées par Amphisciences, l’espèce y a été apportée par l’homme il y a environ 1 500 ans, à partir de populations d’Afrique du Nord, la Tunisie étant la source la plus probable. L’hypothèse souvent avancée est celle d’une importation par les Romains, comme animal exotique ou pour la table, même si les données archéologiques situent plutôt l’arrivée à la fin de l’Antiquité ou au début du Moyen Âge.
Longtemps cantonné au sud de la péninsule, le porc-épic a franchi les Apennins à partir des années 1970 et s’est étendu jusque dans la plaine du Pô, de Venise à Milan, rappelle Vert. La population la plus proche de la France proviendrait d’une seconde introduction humaine, depuis la région de Rome. Il est aujourd’hui filmé régulièrement, jusque dans les rues de la capitale italienne.
Pourquoi personne ne l’avait vu avant #
On peut s’étonner qu’un animal aussi spectaculaire soit passé inaperçu si longtemps. Mais le porc-épic est nocturne et discret. Il passe ses journées dans des terriers ou des cavités et se nourrit surtout de racines, de tubercules, d’écorces et de fruits tombés au sol.
Aux avant-postes de son aire, il est aussi très rare. Amphisciences cite l’exemple de la province de Pavie, en Lombardie, où une population en bordure de l’aire compte environ un demi-porc-épic par kilomètre carré : sur 38 caméras posées au hasard pendant un hiver, six seulement l’ont filmé. On peut donc vivre des années à côté de lui sans jamais le croiser.
Arrivé seul ou aidé par l’homme ? #
C’est la grande question. Remy Massiglia, réalisateur animalier qui a participé à la reconnaissance de cette observation, penche pour une progression naturelle, lente. « Ce n’est pas une espèce qui va parcourir des dizaines de kilomètres, donc il faut des générations pour qu’il progresse », explique-t-il à France 2. Il voit aussi dans les Alpes-Maritimes « une terre d’accueil évidente pour le monde sauvage ».
Le climat pourrait avoir joué un rôle. Lucas Benaiche note que le passage des Apennins coïncide avec le moment où l’on commence à observer les effets du changement climatique, avec des hivers moins rudes. Mais il insiste : cela reste une hypothèse, faute d’études sur le sujet.
Va-t-il rester ? #
Rien ne permet encore de parler d’une installation. L’animal de Castellar est probablement un individu isolé, et l’établissement d’une véritable population dans le sud-est de la France pourrait prendre plusieurs années, selon Vert. L’observation doit par ailleurs recevoir une validation officielle avant d’entrer dans les inventaires de la faune française, précise Amphisciences.
Le porc-épic à crête n’est pas connu pour être une espèce invasive, mais les conséquences de son arrivée sur les écosystèmes locaux restent à étudier. En attendant, la mairie de Castellar a choisi de voir le verre à moitié plein : à une époque où les nouvelles sur la biodiversité sont souvent sombres, cette arrivée spontanée est à ses yeux « une excellente nouvelle ».
Pour les promeneurs de l’arrière-pays mentonnais, la consigne est simple : si vous croisez des piquants sur un sentier ou si votre caméra de jardin capte une silhouette hérissée, signalez-le aux associations naturalistes locales. Chaque observation compte pour savoir si ce premier porc-épic français restera une curiosité ou deviendra un nouveau voisin.




