Le butor étoilé en sursis : la LPO alerte sur l’état des roselières

Dans les marais, certains sons se font de plus en plus rares. Celui du butor étoilé, un chant grave que l’on compare volontiers au mugissement lointain d’un taureau, en fait partie. Le 5 novembre, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a publié une alerte sur ce petit héron discret : l’espèce est aujourd’hui menacée d’extinction en France, et son sort dépend directement de l’état des roselières.

Un oiseau devenu presque invisible #

Le butor étoilé est un maître du camouflage. Son plumage brun rayé se fond dans les tiges de roseaux, et lorsqu’il se sent observé, il tend le cou vers le ciel et reste immobile, au point de devenir presque impossible à repérer. C’est souvent son chant, entendu au printemps, qui trahit sa présence bien avant qu’on l’aperçoive.

Cette discrétion masque une situation inquiétante. Selon l’article publié par la LPO, les trois quarts des effectifs de mâles chanteurs ont disparu depuis 1970, et leur nombre est estimé à seulement 130 en France en 2026. La page consacrée au plan national d’actions rappelle qu’on en comptait environ 500 dans les années 1970, puis encore 300 au début des années 2010. L’espèce est classée vulnérable sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France.

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Le vrai problème : le manque d’eau dans les roselières #

Pour se reproduire, le butor a besoin de vastes roselières inondées, de niveaux d’eau adaptés, de nourriture en quantité et de tranquillité. Quand l’un de ces éléments vient à manquer, la nidification devient difficile.

La LPO détaille deux effets du manque d’eau. D’abord, quand les niveaux sont trop bas, les oiseaux renoncent tout simplement à s’installer. Ensuite, en pleine saison de reproduction, la femelle, qui couve et élève seule ses poussins, doit s’éloigner davantage du nid pour trouver de quoi les nourrir, ce qui augmente le risque de prédation. À plus long terme, une roselière qui s’assèche finit par « s’atterrir » : le sol remonte, d’autres plantes s’installent et le milieu évolue vers autre chose qu’un marais. Le changement climatique, avec ses étés plus secs, accentue ce phénomène.

Un symptôme de la disparition des zones humides

Le cas du butor dépasse largement cette seule espèce. La LPO rappelle que la moitié des zones humides a disparu en France depuis les années 1960. Or ces milieux rendent des services considérables : ils abritent une biodiversité très riche, participent à la qualité de l’eau, atténuent les crues et limitent les effets des sécheresses. Protéger le butor, c’est donc protéger tout un écosystème dont dépendent aussi des poissons, des amphibiens, des libellules et de nombreux autres oiseaux.

Un plan national jusqu’en 2034 #

Pour enrayer le déclin, un nouveau plan national d’actions couvre la période 2025-2034. Animé par la LPO sous la coordination de la DREAL Pays de la Loire, il vise d’abord à stabiliser les effectifs autour de 100 mâles chanteurs sur les principaux sites de reproduction actuels : la Camargue, les étangs de la Meuse, la Brenne, la Brière, l’estuaire de la Seine et le marais audomarois.

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Dans un second temps, le plan prévoit d’acquérir, de restaurer et de créer 2 000 hectares de roselières et de zones humides supplémentaires, afin de permettre à la population nicheuse de remonter à moyen terme. Il comprend huit actions, de la gestion des sites existants à la limitation des dérangements pendant la période de reproduction, de février à juin.

Des enregistreurs pour compter les chanteurs

Sur le terrain, les équipes repèrent les mâles grâce aux suivis scientifiques et à des enregistreurs acoustiques posés dans les marais, protègent les secteurs de nidification et travaillent avec les propriétaires et gestionnaires pour adapter la gestion de l’eau. Des acquisitions foncières font aussi partie de la stratégie : la LPO et le WWF ont par exemple uni leurs forces pour reconquérir le marais de Mazerolles, près de Nantes, et ses roselières.

Ce que chacun peut faire #

L’association a lancé un appel aux dons pour financer ces actions. Mais l’engagement peut aussi passer par des gestes simples. Lors d’une balade au bord d’un étang ou d’un marais, au printemps, rester sur les sentiers et éviter de s’approcher des roselières limite les dérangements pendant la période la plus sensible. Les promeneurs qui entendent ce chant si particulier peuvent aussi signaler leur observation aux associations naturalistes locales, qui suivent l’espèce de près.

Et pour ceux qui ont la chance d’avoir une mare ou un coin humide au jardin, le préserver plutôt que le combler reste l’une des meilleures façons d’aider la faune des zones humides. Le butor ne s’y installera pas, mais grenouilles, libellules et oiseaux de passage, eux, sauront en profiter.

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