Les grues cendrées qui traversent le ciel français ces jours-ci ne vont plus forcément jusqu’en Espagne : en moyenne, leurs quartiers d’hiver se situent aujourd’hui près de 900 km plus au nord qu’au milieu des années 1980.
- La latitude moyenne d’hivernage est passée de 41° à 49° nord entre 1985 et 2021.
- Douceur des hivers et chaumes de maïs expliquent ce raccourci.
- La France a accueilli 177 524 grues l’hiver dernier, deuxième total jamais relevé.
- La grippe aviaire de 2025 reste dans toutes les têtes au moment des comptages.
Plan de l'article
- Un terminus qui remonte du centre de l’Espagne à la hauteur de Paris
- Pourquoi les grues ne descendent-elles plus aussi loin ?
- La France, grande bénéficiaire de ce raccourci
- Une route qui se transmet et peut changer vite
- Un hivernage plus nordique, mais une population fragile
- Où et quand les observer cet automne ?
- Questions fréquentes
Un terminus qui remonte du centre de l’Espagne à la hauteur de Paris #
Le chiffre vient d’un très long suivi. Comme le détaille Amphisciences, le site scientifique d’Ouest-France, 187 779 observations de 5 120 grues baguées en Europe du Nord ont permis de retracer leurs zones d’hivernage de 1985 à 2021.
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Sur cette période, la latitude moyenne est montée de 41° à 49° nord. Concrètement, le centre de gravité de l’hiver des grues a glissé du centre de la péninsule Ibérique jusqu’à la hauteur de Paris. L’Afrique, elle, ne représente plus que 0,01 % des observations.
Pourquoi les grues ne descendent-elles plus aussi loin ? #
Deux raisons se combinent. La première tient au climat : avec moins de neige et de glace, les champs restent accessibles plus longtemps sous des latitudes où les oiseaux auraient autrefois manqué de nourriture.
La seconde est agricole. La culture du maïs s’est étendue vers le nord, et les chaumes laissés après la récolte conservent des grains tombés au sol. Ce garde-manger permet de tenir jusqu’au cœur de l’hiver sans pousser plus loin.
Le froid garde pourtant le dernier mot. Lorsque les sols ont gelé en Allemagne fin décembre, des grues ont aussitôt glissé vers la France. L’hivernage au nord reste donc une affaire de météo, ajustée semaine après semaine.
La France, grande bénéficiaire de ce raccourci #
La synthèse 2025-2026 de la LPO Champagne-Ardenne donne la mesure du phénomène : 177 524 grues ont passé l’hiver en France, contre 149 060 dans la péninsule Ibérique. C’est le deuxième total français jamais enregistré, derrière le record de 186 946 oiseaux de janvier 2024.
La réserve naturelle d’Arjuzanx, dans les Landes, arrive en tête des sites de Gascogne, avec 16 737 grues à la mi-janvier 2026. Au lac du Der, en Champagne, les bénévoles en avaient compté 44 200 le 11 novembre 2025, au plus fort du passage.
Une route qui se transmet et peut changer vite #
Comment une population entière modifie-t-elle son trajet en quelques décennies ? Une partie de la réponse tient à l’apprentissage. Chez la grue blanche d’Amérique, huit ans de suivi ont montré que l’expérience comptait bien plus que la parenté génétique dans la précision du voyage : sept années d’expérience l’améliorent de 38 %.
Les jeunes suivent les anciens, année après année. Une habitude prise lors d’un hiver doux peut ainsi se transmettre, puis s’installer. L’idée reste une piste pour comprendre la rapidité du changement chez la grue cendrée, l’étude portant sur une espèce voisine.
Un hivernage plus nordique, mais une population fragile #
Ce succès a un revers : les grands rassemblements favorisent les épidémies. À l’automne 2025, le virus H5N1 a tué 18 164 grues en Allemagne entre octobre et décembre, et les pertes françaises sont estimées entre 15 000 et 20 000 oiseaux, selon les chiffres repris par Amphisciences.
Au total, environ 10 % des grues de la voie ouest-européenne auraient disparu en quelques semaines, sur une population estimée à plus de 420 000 individus. La LPO note de son côté un net recul des effectifs par rapport à l’année précédente.
Les comptages de cet automne ont donc un enjeu particulier. Ils diront si les dortoirs du Der, de Gascogne et du centre de la France ont retrouvé leur affluence.
Où et quand les observer cet automne ? #
Le pic de passage s’étale en France de la mi-octobre à la mi-novembre. Le 27 octobre, près de 30 000 oiseaux auraient survolé Auxerre, selon Amphisciences. Les prochains jours restent donc propices pour lever les yeux, surtout après un coup de vent de nord-est.
Le lac du Der-Chantecoq et ses près de 5 000 hectares entourés de cultures demeurent la halte de référence, car les grues y trouvent à la fois des champs pour se nourrir et une eau peu profonde pour dormir. Pour ne pas les déranger, on reste à distance des dortoirs et on observe à la jumelle, à l’aube ou au crépuscule.
Questions fréquentes #
Les grues cendrées restent-elles toute l’année en France ?
Non. Les oiseaux qui traversent le pays nichent surtout en Scandinavie, en Finlande, dans les pays baltes et en Allemagne. Ils repartent vers le nord au printemps.
Pourquoi volent-elles en V ?
La formation fait économiser de l’énergie : chaque oiseau profite de l’air ascendant laissé sur le côté par l’aile de celui qui le précède.
Peut-on les observer sans se rendre au lac du Der ?
Oui. Le couloir de migration traverse la France du nord-est au sud-ouest, et leurs cris de trompette portent loin : on les entend souvent avant de les voir.




